11 juillet 2013 ~ 0 Commentaire

Je hais les indifférents, Gramsci

Je hais les indifférents

Je hais les indifférents. Je crois que vivre signifie être partisan. Ceux qui vivent véritablement ne peuvent s’empêcher d’être citoyen et partisan. L’indifférence est synonyme d’aboulie, de lâcheté, de non-vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’Histoire. L’indifférence oeuvre puissamment sur l’Histoire. Elle oeuvre de manière passive, mais concrète. C’est la fatalité ; ce sur quoi on ne peut pas compter ; ce qui bouleverse les programmes, qui bouscule les plans les mieux étudiés ; c’est la matière brute qui étrangle l’intelligence. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur nous tous, arrive parce que la masse des hommes abdique face à sa volonté, laisse promulguer des lois que seule la révolte pourra abroger, laisse monter au pouvoir des hommes que seule la mutinerie pourra renverser.

Entre l’absentéisme et l’indifférence, des mains qu’aucun contrôle ne surveille tissent la toile de la vie collective ; et la masse ignore, car elle ne s’en préoccupe pas. Alors, on dirait que c’est la fatalité qui emporte tout, que l’Histoire n’est rien d’autre qu’un gigantesque phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont tout le monde est victime, ceux qui ont voulu et ceux qui n’ont pas voulu, ceux qui savaient et ceux qui ne savaient pas, les actifs et les indifférents.

Certains pleurnichent lamentablement, d’autres profèrent d’obscènes blasphèmes, mais personne ou presque ne se demande : si moi aussi j’avais fait mon devoir, si j’avais cherché à faire valoir ma volonté, serait-il arrivé ce qui est arrivé ? Je hais les indifférents aussi pour la raison suivante : parce que leurs pleurnichages d’éternels innocents me dérangent. Je demande à chacun d’entre eux de quelle manière il a accompli la tâche que la vie lui a confiée et lui confie quotidiennement, je lui demande ce qu’il a fait et en particulier ce qu’il n’a pas fait. Et je sais que je peux être implacable, je sais que je n’ai pas à gâcher ma pitié, ni à partager mes larmes avec eux.

[…]

Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais ceux qui ne prennent pas parti, je hais les indifférents.

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